Le développement du Canada repose depuis longtemps sur la capacité à organiser d’immenses espaces de ressources, dispersés géographiquement, en corridors économiques orientés vers l’exportation et reliés à des marchés industriels extérieurs. Ce n’est pas qu’une question d’abondance. C’est l’expression d’une économie politique spécifique, dans le cadre de laquelle la géographie a produit une logique structurelle d’extraction, de transport et de demande externe qui a façonné les institutions, les infrastructures et l’organisation territoriale au fil des générations.
Une économie de ressources produit des matières premières. Une civilisation fondée sur les ressources s’organise autour de celles-ci. Cette distinction est importante, car elle modifie la question analytique. La pertinence stratégique du Canada n’est pas une découverte récente. Elle est toutefois en cours de revalorisation, sous l’effet de la transition énergétique qui réoriente la demande vers l’électrification et les systèmes carboneutres, du rôle central grandissant des minéraux critiques au sein des chaînes d’approvisionnement industrielles et technologiques, et de la fragmentation géopolitique qui renforce l’importance de la fiabilité, de la proximité et de l’alignement politique des États fournisseurs. Cette analyse s'inscrit dans la tradition de la théorie des principales ressources (staples thesis; Innis, 1930; Watkins, 1963), qui interprète le développement économique et institutionnel du Canada à travers ses exportations successives de ressources.
Comprendre le Canada en tant que civilisation fondée sur les ressources est le point de départ pour analyser sa position actuelle et sa trajectoire future.